L'Atelier Philippe Rault.

L'atelier Philippe Rault d'instruments de musique, demande l'utilisation de vieux outils précieux, certains sont recensés depuis 1835. La diversité et la richesse de son outillage font de son atelier une véritable caverne d'Ali Baba ; ils permettent d'utiliser les techniques traditionnelles spécifiques de chaque métier qui s'entrecroisent dans la facture des Cuivres, des Bois et des Percussions.

L'accueil chez l'artisan.

De la musique à la tradition par la fabrication, la réparation et la restauration... artisanale.

Au fond d'une allée pavée, implanté au coeur d'une enceinte murale datant des 18ième et 19ième siècle, l'artisan s'emploie dans la bonne humeur. Derrière les murs se cache l'Atelier Philippe Rault. Entrant dans l'enceinte l'on croit rêver, c'est un accueil simple, sans tambours ni trompettes !

Présentoir des instruments de la fabrication traditionnelle.

A gauche, en entrant dans le bureau, la vitrine des cuivres fabriqués, présente une pyramide. A sa droite, un tambour profond et la grosse caisse veillent et observent silencieusement le pavillon de la sacqueboute s'élever au-dessus des clairons Sib ; la trompette de cavalerie, droite au milieu d'un cor simple en Mib, fait face à la trompette naturelle en ré ; à côté la Sully, trompe de chasse en ré, légère et révolutionnaire par sa conception, s'équilibre debout sur ses trois points tangents.

Rencontre des facteurs de cors et de trompes par la restauration.

Restaurées et accrochées aux murs, les trompes de chasse des facteurs du 17ième au 20ième siècle s'illustrent. La Raoux, seul fournisseur du roi rue Serpente, la François Périnet rue Copernic 31 près de l'arche de l'Etoile, dédiée à son Altesse, se disputent la gloire ; une Gautrot, une J. Thibouville Lamy, une Crosnier Neuchâtel (Suisse), une Gaillard & Loiselet Paris et successeur de la maison Couturier Pélisson, une Chapuis Lyon, une Maheu Tournai (Belgique), réputées mais moins prestigieuses que leurs aïeules, complètent avantageusement la Fanfare. Du 17ième siècle à nos jours les facteurs se rassemblent.

Facteurs de Cuivres illustrés par la restauration.

A droite, les instruments restaurés vivent, ils dessinent une toile sous le regard suspendu de quelques diplômes et trophées suspendus.
Les cornets à pistons F. Besson 92 rue d'Angoulême Paris, Cousin Sr Lyon, et A. Lecomte, rue St-Gille, 12 Paris s'épient ; une trompette Selmer des années 50, flamboyante et réargentée, se tient fièrement auprès du modèle Bach Stradivarius relooké ; Le Baryton à piston P. Senecaut et la trompette C. Mahillon, représentants la facture belge et bruxelloise sont rutilants, ils blaguent de la voix ; Très grand, sérieux l'ophicléide A. Lecomte contemple à ses pieds le petit Trombone à pistons E. Thibouville allongé ; Le Cor alto Antoine Courtois côtoie un clairon Couesnon de la rue Lafayette. Tous ces noms nous rappellent la richesse du patrimoine de la facture instrumentale.

Pour découvrir l'atelier, il faut traverser la salle qui préserve le matériel et les outils, les filières.

L'atelier de fabrication des cuivres.

Devant, des étaux lourds, fixés sur des établis noircis par le temps, limitent la pièce et jouxtent la forge. De la mise en forme à la brillance finale, il se dessine chaque étape fondamentale à la fabrication des clairons, des trompettes, des cors et des trompes de chasse. Cintreuses, tourets, tour à repousser, scies, cohabitent sereinement avec les pavillons suspendus. Naoya Miyake, joue avec la flamme du chalumeau pour monter à la volée ses premières trompes, pas facile.

L'atelier de réparation et de restauration des Cuivres et des Bois.

En face des boules, des olives, des cornichons, de différentes tailles, minutieusement calés et des formes en acier, appelées mandrins, recouvrent l'établi ; des outils en laiton et en fer, des brunissoirs polies, des bijoux plats et à boules, des limes, des pinces, des jauges, des brosses, des pinceaux sont accrochés. C'est là que les cuivres, les sax, les flûtes et les clarinettes métal, sont démontés, débosselés et soudés.

Sur l'établi on remarque tous les éléments démontés de l'instrument ; le pavillon d'une trompette Millereau, la branche d'embouchure, les potences et les tubes démontées des coulisses, le bloc piston, forment un puzzle ; à l'écart, les entre-deux sont grattés, les pistons sont recoquillés et les taquets changés, les filetages des chapeaux sont passés au peigne, les boutons sont vissés sur les broches taraudées, les lièges et les feutres sont découpés.

Naoya Miyake a débosselé et préparé chacune des pièces de la trompette, il va pouvoir monter puis gratter les soudures avant de la polir, de l'aviver et la finir.

L’atelier de finition des instruments à clés.

Au fond de l'atelier, on aperçoit, plantés sur des cales en bois, un sax alto Gras ainsi qu'un ténor Dolnet démonté, une clarinette Buffet-Crampon et deux flûtes Noblet. Ils sont en cours de restauration et attendent d'être remontés.
Sur l'établi très propre il est fixé un touret à pédale, la veilleuse du bec bunsen entretien une petite flamme bleue ; des tournevis, des plaques en acier trempé, des pinces plates, rondes, courbes, des pinces à charnières, des petits maillets, sont déployés sur chaque côté du plan de travail.

Les clés sont étalées par ordre de montage, à côté du plateau contenant les axes et les vis à pointe qui sont rangés par numéro de clé. Les vieux tampons brunis sont décollés, ils vont être changés. C'est l'atelier de finition réservé au retamponnage et au réglage des Bois.

L'atelier de fabrication et de restauration des percussions.

Derrière, des tambours, des caisses claires, des grosses caisse sont visibles. Elles se mélangent avec les éléments utilisés à la fabrication artisanale des peaux plastique ; tendue et bien réglées elles affineront la résonance et le timbre final des instruments de batterie et de percussion en cours de réalisation.

Plus loin deux timbales Tournier attendent d'être débosselées. Les peaux animales en veau vont être changées et roulées attentivement sur le cercle métal. Encaissée légèrement la peau sèche, le timbalier réglera lui-même la tension finale.

Arrivé à l'étage, le métal laisse place au bois travaillé, cintré pour former des fûts de tambour et de grosse-caisse. Des chutes de polyester laiteux ou transparent jonchent le sol. Au milieu des presses à bois et de thermoformage et à côté des molleteuses les peaux plastiques finies sont rangées soigneusement et côtoient les caisses encollées destinées à être montées.

De main de Maître.

Patiemment, Philippe et son élève accompagnent l'instrument du geste.
L'objet fini est fait de leurs mains et dans le respect des traditions ancestrales.

Crée ou restauré il va leur échapper.

Une dernière fois, Philippe et Naoya soufflent l'instrument, le bichonnent du chiffon doux et le regardent une dernière fois.

Pendant quelques minutes, ils vont partager le bonheur et le plaisir du musicien.