Philippe Rault, maître des vents

Monsieur Jean Rault débute sa carrière en 1939 comme apprenti à l'atelier de son beau-frère, Henri Simon, installé à Paris dans le 20ème arrondissement. Il aimait rappeler, qu'à l'age de 14 ans, il forgeait déjà ses premières clés de clarinette en argent et qu'il montait son saxophone. Rapidement, il découvre les Cuivres par la réparation avant de se lancer dans la fabrication.

Le hasard veut que Philippe RAULT entre en 1969 dans l'atelier de son père situé dans une cité artisanale du 11ième arrondissement, 96, rue J.P. Timbault à Paris (Anciennement 96 rue d'Angoulême et dernier atelier de Besson France)

C'est là qu'il grandit et qu'il rencontrera des facteurs et des réparateurs réputés. En premier il cite Simon, son oncle, le formateur de son père. Puis il énumère les noms : Aubertin facteur de trompettes, Bart qui a maintenu les ateliers Besson à Paris jusqu'en 1973, Boiste facteur de saxos à La Varenne, Damon successeur de Sudre, Deslaurier père, Duguet, Jouan et Guesdon associés, Martin successeur de Jouan, Mazereau et son vélo légendaire, Milliens le présomptueux, Saillard le facteur de hautbois. Il les a tous connus, ils ont fait naître chez philippe Rault une passion pour l'artisanat qu'il défend. Puis il remercie Monsieur Uytter-Haeggen, son premier Maître d'apprentissage à l'accueillir dans un atelier.

A la fin de l'année 1984, Philippe va succéder à son père.

Il fabrique la gamme complète des Cuivres simples et naturels. De la planche de laiton ou de cuivre il dessine et patronne des bugles, des clairons, des cors, des sacqueboutes, des trompes de chasse et des trompettes.

Il entretient, il répare et restaure tous les Cuivres naturels, à pistons et à coulisses ainsi que les instruments à clés. Il débosselle les clairons, les cors, les cornets, les bugles, les flûtes, les saxophones, les saxhorns, les trombones à coulisse, les trompes, les trompettes et les tubas ; il les nettoie, les fait fonctionner, les remet à neuf, les règle et les ajuste. Grâce à son fidèle compagnon il retamponne les clarinettes, les flûtes et les saxophones.

Il reproduit indifféremment les premiers cuivres simples et les caisses roulantes utilisées au cours des siècles, de l'antiquité à nos jours.
" J'aime m'identifier à ces féseurs d'instruments, c'est génial ! " dit-il sérieusement.

Caisses roulantes ? Oui ! Son activité s'étend à la réalisation d'instruments de batterie et de percussion. Il travaille sans sourciller le bois ou le métal et fabrique des caisses claires, des grosses caisses et des tambours ainsi que les peaux plastique qui les équipent.

Le 3 janvier 1983, Philippe Rault reprenait l'entreprise artisanale Mori menacée de disparaître. Il est le seul artisan à réaliser les peaux internationales normalisées mais aussi toutes celles, sur mesure, des anciennes batteries ou timbales Asba, Capelle, Couesnon, Deslauriers, Gary, Ludwig, Milliens, Mori's, Premier, Gretsch etc. Les passionnés nostalgiques d'une époque, les collectionneurs, les amoureux de batteries, de grosses-caisses et de timbales d'antan, sont heureux de découvrir son atelier.

Parmi les percussionnistes nombreux sont les musiciens, qu'ils soient batteur, timbalier ou tambour, fidèles à leur répertoire, qui préfèrent battre la peau naturelle. Philippe répond à leur exigence, il travaille et aime à rouler les peaux animales, chèvre ou veau minutieusement tannées.

Qualifié par ses pairs d'artisan vrai, il est l'un des derniers représentants d'un métier mis à mal par la modernité. Il admet volontiers se fier à son oeil, à son oreille, à son sens du toucher, à l'expérience des anciens pour réaliser son oeuvre.

Son ambition...Assurer la pérennité de l'atelier. Pour cela Philippe Rault défend son métier et transmet sa passion. C'est pourquoi, nommé par décret du 2 octobre 2002, il a accepté de recevoir le titre de Maître d'Art. "Depuis huit ans je communique mon savoir-faire à Naoya qui a tout du grand facteur de Cuivres et de Percussions de demain."

"L'âge de la retraite a sonné, mais, contrairement à la rumeur, ne pensez pas que je décroche du métier. J'accompagnerai Naoya encore et encore". Aprés tant d'années au service de la facture instrumentale, Philippe Rault et Naoya Miyake, le Maître et l'Elève, envisagent de s'associer.

"Notre rencontre me comble car l’Atelier Philippe Rault va poursuivre son oeuvre au service des musiciens encore quelques générations".